Egon Schiele à la Fondation Louis Vuitton

Retour en photos sur cette exposition temporaire unique.

Article rédigé par le guide local François-Baptiste

Fondation Louis Vuitton

Du 3 octobre 2018 au 14 janvier 2019 avait lieu à la Fondation Louis Vuitton une exposition événement sur l’œuvre d’Egon Schiele, une première à Paris depuis vingt-cinq ans. Retour en photos sur les œuvres qui étaient exposées pour tout ceux qui n’ont pu y aller, n’en ont pas entendu parler, ou simplement ceux qui désirent revoir certaines des œuvres au sommet de expressionnisme.

Au rez-de-chaussée de l’incontournable espace d’expositions temporaires de la Fondation Louis Vuitton, située au Nord du Bois de Boulogne, près du Jardin de d’Acclimatation, cette exposition était en concurrence directe avec celle sur Jean-Michel Basquiat, artiste lui aussi largement reconnu de son vivant et disparu à 28 ans. Pourtant, au fil des salles parcourues, autant se précipitaient et admiraient les dessins de Schiele que les peintures de Basquiat.

Schiele affirmait le rôle spirituel de l'art et déclarait en 1911 que ses œuvres devraient être exposées dans des « édifices semblables à des temples ». Pour cela la Fondation Louis Vuitton est effectivement l’endroit idéal pour une exposition parisienne.

Egon Schiele

L’œuvre d’Egon Schiele, né en 1890 à Tulln en Autriche, s’est arrêtée prématurément en 1918 après avoir contracté la grippe espagnole, trois jours après la mort de sa femme. À seulement 28 ans, l’artiste s’est affirmé comme l'un des sommets de l’art moderne du XXème siècle avec environ trois cents peintures et près de trois mille œuvres sur papiers qui incarnent l’esprit artistique viennois de cette époque.

Chez Egon Schiele, le dessin est très net et surprend car, contrairement à d’autres artistes, il s’exprime par des traits marqués, énergiques et sûrs. La perte de son père en 1905 associée à la montée des tensions où s’affrontent les traditions d’une monarchie austro-hongroise étouffante, lui donnent une vision du monde sombre et torturé. Cette vision se retrouvera dans l’expression artistique de Schiele où la figure humaine prend des formes excessives, les corps ont des postures désarticulées, inspirés par les positions de marionnettes manipulées.


Autoportrait en gilet, le coude droite levé (1914)

Autre particularité propre à Egon Schiele, les squelettes ne disparaissent pas sous la chair pour offrir une nouvelle dimension aux mouvements de ces dessins. L’ossature des personnages dessinés et peints sont alors particulièrement intriguant et attirent le regard.


Homme debout (1913)

L’exposition propose de redécouvrir l’artiste autrichien en suivant chronologiquement ses œuvres, suivant quatre parties distinctes : la ligne ornementale 1908-1909, la ligne expressionniste 1910-1911, la recherche de l’équilibre et enfin la ligne recomposée de 1914 jusqu’à sa mort en 1918.

Le bref passage à l’Académie d’Egon Schiele

En 1906, Egon Schiele a 16 ans et entre à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne. Il y apprend une peinture académique conservatrice dont il ne tarde pas à rejeter l’enseignement. La relation avec son professeur s’avérant de plus en plus difficile, le jeune Egon quitte l'Académie, suivi d'amis partageant les mêmes convictions pour fonder le Neukunstgruppe (Groupe pour le Nouvel Art) pour renouveler l’expression artistique et créer une rupture avec le Jugendstil (apparenté à l’Art Nouveau), mouvement de style décoratif principalement développé en Allemagne et en Autriche.

À 17 ans, Egon rencontre Gustav Klimt de près de 30 ans son ainé et une admiration réciproque apparait rapidement entre les deux artistes. Schiele voit en Klimt son modèle et maître spirituel. Seulement, des différences finissent par apparaitre entre Klimt, qui avait « horreur du vide », et Schiele dont les figures sont souvent représentées sur fond blanc pour accentuer leur nudité.


Femme couchée aux jarretières rouges (1913)

1908 – 1909 : La ligne ornementale

La ligne ornementale est un style artistique caractérisé par une répétition organisée d’un motif relativement simple et tracé à la ligne. Le motif est reproduit selon un schéma précis et dans un ordre défini. Ce style présent sur les premières œuvres d’Egon Schiele provient du Jugendstil et reflète l’influence de Gustav Klimt dans la reprise de contours nets et d’aplats décoratifs. Pour donner autant d’importance à la figure qu’à l’arrière-plan, Schiele insère parfois ses figures sur des fonds ornementés, comme pour l’œuvre du Jeune garçon nu, couché sur une couverture à motifs (1908).


Jeune garçon nu, couché sur une couverture à motifs (1908)

1910-1911 : La ligne expressionniste

Durant cette période, l’autoportrait est central dans la plupart des peintures qu’Egon Schiele produit. Représenté parfois nu, avec un visage desséché et tourmenté, il traque ses émotions sur son visage et dans ses postures corporelles. Ces expérimentations l’éloignent du Jugendstil pour atteindre une production au style expressif très singulier.


Autoportrait (1910)


Autoportrait (1910)


Les distorsions et les déséquilibres des corps font également leur apparition. Mais les autoportraits ne constituent pas l’entière production de l’artiste qui, contrairement aux compositions mythologiques et les portraits de Klimt, préfère aborder d’autres sujets plus populaires tels que figures spirituelles et enfants.


Autoportrait au gilet (1911)


Jeune garçon assis (1910)


Egon Schiele écrivait dans un poème en 1910 que « tout est mort vivant ». Pour cela, la frontière entre la vie et la mort est marquée par les contours des personnages aux traits affirmés. La vie, représentée par des couleurs appiquée par petites touches, vient en opposition au vide et la mort, sujet toujours présent dans la pensée de l’artiste.


Homme endormi (1910)


Jeune fille nue, couchée en chemisier à rayures (1911)


1912 – 1914 : La recherche de l’équilibre d’Egon Schiele

Une des périodes les plus difficiles pour l’artiste et sa compagne. De plus en plus en quête d’éloignement vis-à-vis des cercles artistiques viennois, ils décident de s’installer dans une petite ville autrichienne, très conservatrice. Les habitants, déroutés par l’anticonformisme des œuvres de Schiele prenant les enfants du bourg comme sujets, l’accusent de d’immoralité et de détournement de mineur. Bien que les charges contre lui soient finalement abandonnées, Egon sera néanmoins emprisonné pendant 24 jours, source pour lui de souffrance et d’interrogation. Cela se traduit par une nouvelle recherche de l’équilibre, à une attention davantage portée sur la fluidité des contours et à la réalité physique de ses sujets.


Le pont (1913)


Autorportrait en chemise verte, aux yeux fermés (1914)


1915 – 1918 : La ligne recomposée

Egon Schiele entre en garnison comme soldat de garde à Vienne en 1915 et réussi à obtenir le droit de passer son temps libre dans son atelier viennois. À partir de mai 1915, il exerce la fonction de clerc dans un camp de prisonniers en Basse Autriche. Il y ressent encore plus la nécessité de son œuvre et réalise quelques portraits d'officiers détenus. Il écrit à son beau-frère également peintre : « Depuis que l’horreur sanglante de la guerre a fondu sur nous, beaucoup en sont venus à penser que l’art est bien plus qu’un luxe bourgeois ».

Ainsi, malgré son éloignement du front, il reste en contact avec lui et considère la guerre comme une attaque contre l’humanité. En 1917, Egon Schiele est transféré dans l'Intendance Impériale et Royale de Vienne et peut reprendre le fil de son œuvre. Il retrouve un trait assuré et réintroduit le modelé dans ses représentations de paysages, de corps et de fleurs. Si les figurent tridimensionnelles paraissent suspendues, elles se détachent le plus souvent sur un fond vide. Les corps fragmentés reflètent l’état de la société et la dissolution qui accompagnent la guerre.


Torse féminin en dessous et en bas noires (1917)


Mère et enfant (1917)



Marguerite, liserons et pavots (1918)


Cruches paysannes (1918)


L’érotisme présenté par Egon Schiele

L'œuvre de Schiele occupe également une place essentielle dans l'histoire des relations entre art et érotisme. Sujet bien présenté au fil des salles parcourues pendant l’exposition, les œuvres proviennent des quatre époques principales présentées plus haut dans cet article. Si certains de ses nus prennent des poses explicites, elles étaient déjà il y a cent ans, perçues comme pornographique.


Nu féminin debout au tissu bleu (1914)


Nu debout avec un tissu (1917)


Cette exposition phare dans le paysage culturel parisien de 2018 a été rendu possible par les efforts combinés de la Fondation Louis Vuitton et de toutes les entités ayant participé, parmi elles, le Leopold Museum (Vienne), la Národní galerie (Prague), la Morgan Library & Museum (New York), le Germanisches Nationalmuseum (Nuremberg), la Neue Galerie (New York) et la National Gallery of Art (Washington). Si vous l'avez manquée, la majeure partie des oeuvres présentées sont à retrouver sur le compte Pinterest de Keewego.

Informations pratiques

La Fondation Louis Vuitton

8 avenue du Mahatma Gandhi, 75116 Paris
Métro 1 Sablons
Bus 244


François-Baptiste

Guide local et fondateur de Keewego.com


Voyager est une passion. Déambuler et découvrir les lieux au grès des envies mais aussi rencontrer de nouvelles personnes sont les principales raisons de la création de keewego.com. Laissez-vous guider et visitez Paris avec des personnes passionnées et conviviales.

Faites en profiter votre entourage, partagez cet article


Laisser un commentaire

Les derniers articles

Voir tous les articles
 

Send this to a friend